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Ombre et lumière

14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 06:30

 

 

Département :   11 - AUDE

 

 

Cette ruine en voit passer de l'eau sous le pont.

Le bourg : 

      Situation :   (--> le voir sur une carte
    La commune de Quillan est située à un important carrefour de vallées. C'était un point stratégique entre l'Aragon si proche et la route de Carcassonne dont la cité est à 51km au Nord.
 
Coordonnées du château :
42° 52' 29" N2° 11' 12" E
 42.874952° 2.1868770°

  

 

 

Le château :
       L'extérieur :
La découverte  
* De loin, la bâtisse ressemble plus à un fort qu'à un château médiéval. Pourtant, c'est un très vieux bâtiment qui a vu :
* Les Wisigoths,
* Les Cathares,
* Simon de Montfort,
* Les armées des différents rois,
* Les Aragonais,
* Les révolutionnaires Français,
* et.... moi.
 
 
 
Il est là haut
* Le château est installé au sommet d'un petit promontoire sur la rive droite de l'Aude, à l'Est de la ville actuelle.
* De nombreux châteaux médiévaux dans la région sont construits en haut des pogs.
* L'architecte doit s'adapter au terrain et rivaliser d'ingéniosité pour faire tenir solidement l'ensemble (voir Roquefixade,  Quéribus,  ...).
* Ici, le plan est carré et plat (voir schéma).
* La seule difficulté est d'offrir des obstacles pour la défense du château, solution très classique et vue dans de nombreux châteaux forts.
 
  
 
Archère, échauguette, bossage.. Que de merveilles !
1ère analyse
* Le château de Quillan est une enceinte quadrangulaire de 35m de coté avec des murs à bossage.
* Ce type de construction n'ayant été utilisé que pendant une courte période du moyen age, on peut dater ces murs du 13ème siècle.
* Dans la partie supérieure, un changement de construction est visible.
Consolidation ultérieure ou réparation ?
 
 
 
2ème analyse  
* L'enceinte est talutée à la base avec un fruit en forte déclivité.
* Les courtines, de 1,80m d'épaisseur, sont percées d'archères et de grandes baies en plein cintre.
* Les archéologues pensent qu'elles avaient une hauteur de 13 mètres.
* Au 20ème siècle, 5 à 6 mètres de pierres ont été restaurées pour le plaisir des visiteurs.
 
 
 
3ème analyse 
* Les quatre angles sont pourvus d'échauguettes polygonales (au lieu de tours rondes classiques comme on se les représente dans notre enfance - voir exemple  ici  ou  ).
* Elles reposent sur une série de 5 encorbellements arrondis.
* Elles étaient surmontées d'un parapet en grès jaune percé d'archères aujourd'hui disparu.(plusieurs châteaux de la région comportent ce type d'architecture Bugarach  ou  Coustaussa....).

* L'entrée principale est située Nord-Nord-Est. Elle était protégée par un fossé (aujourd'hui comblé) et par un pont-levis (disparu car inutile).

 

 Est ce un donjon-porte ? ... Mystère.

La porte d'entrée 
* Certains archéologues et médiévistes pensent que cette construction était le donjon.
* Mais d'autres certifient que c'était 'une tour-porte'.
* Ce "détail" est important.
* Des tour-portes, il en existe plusieurs dans la région (Puivert par exemple).
* C'est un type de construction assez classique sur des châteaux peu élevés.
* Mais si le donjon était au dessus de l'entrée, le château fort de Quillan aurait une architecture unique en pays Audois.
* De nombreux experts optent pour cette option.
Avez vous une idée ?
 
 
 
Et si c'était un donjon ?
* Cette construction était une grande tour carrée de 8m par 6m. Elle comprenait 3 voûtes superposées et culminait à 26 mètres.
* Son système défensif est classique :
- Archères pour le tir sur les agresseurs extérieurs,

- Porte extérieure (pont levé),

- Porte intérieure à 2 vantaux,

- Entre les 2 portes, petit couloir droit avec  assommoir,

- Fantôme d'une herse, dont subsiste le rainurage.

* La tour-porte est très abîmée, mais ceci est une chance car je peux voir que le blocage des murs est constitué de pierres roulées provenant du fleuve Aude (en contrebas).
* C'est un remblai classique.

   

 

     L'intérieur
J'entre

* Avec précaution, je traverse la "tour-donjon-porte".

* La cour est partiellement dégagée des arbres et pierres qui l'encombraient il y a peu.

* Elle était couverte de grands arcs dont il ne reste que le sommier dans les murs et les voussoirs posés au sol.

* Les salles étaient éclairées par de grandes fenêtres hautes.

 

L'archer tirait il à plat-ventre ?

 

Ambiance défensive

* Au niveau inférieur, les murs comportent des archères droites (4 au Nord, 5 au Sud et à l'Ouest, et 2 à l'Est coté entrée).

* Certaines sont bouchées par le comblement de la cour intérieure (pour installer des canons durant la révolution Française), d'autres ont été aménagées très tardivement en fenêtre.

* Le mur Sud est le mieux conservé des 4. Il a pratiquement sa hauteur d'origine, il ne manque "que" les créneaux.

* Un chemin de ronde est presque visible (avec un peu d'imagination).

 

 

Les salles

* L'angle Nord-Est comporte un très joli arc de soutènement de la tour d'angle.

* Il a une portée de 1,50m environ.

* Mais hélas, aucun décor sculpté ni cul de lampe de soutènement est visible.

* Ce mur comporte une "trouée" qui pourrait s'apparenter à une empreinte de cheminée.

** Sur le sol de la moitié Ouest, des bases de mur montrent plusieurs petites salles, mais il est impossible d'en déterminer la fonction.

** Même les quelques documents d'archive et de fouilles que j'ai lus n'ont pas défini le nom de ses salles.

* Occupant 1/4 de la surface de la cour, sur l'angle Est, un immense château d'eau défigure le site.

* Son seul avantage est qu'en montant dessus, il y a une vue extraordinaire sur la ville et les montagnes environnantes.

 

 

Une curieuse petite porte

* Le mur Sud comporte une poterne, mais :

Est-elle médiévale ?

* J'en doute, tant le château a été remanié pour le rendre fonctionnel.

   

   

 Histoire du château :

* A l'époque romaine, un oppidum est édifié dans la ville nommée: Calianum. Les maisons sont construites sur la rive droite de la rivière Atax (aujourd'hui nommée Aude).

* Vers 781, une forteresse Wisigoth est citée dans le village de Kilianus ou Quilhanus.

* En 844, le roi Charles le Chauve (voir la liste des rois) demande au Comte Milon de restituer le domaine de Quilhanus à l'archevêque de Narbonne.

* Au 11ème siècle, les habitants peuplent la rive gauche.

* En 1125, un lieu fortifié est cité (peu de précision sur l'emplacement, mais pourquoi l'installer ailleurs que sur la colline ?).

* Au 12ème siècle, un faubourg est créé sur une presqu'île formée par l'Aude et son affluent le Coulant: le quartier de la Hille.

* En 1145, le village se nomme Quillanum.

* A la fin du 12ème siècle, les Aragonais de Alphonse II, en guerre contre le Vicomte de Trencavel, prennent la ville après une courte bataille.

* Vers 1202, les droits de l'archevêque de Narbonne sont rétablis sur Quillan.

* Vers 1210, durant la croisade des Albigeois , le château est pris par l'armée "du Nord". Simon de Montfort  le confit à Guy de Lévis, son fidèle lieutenant malgré la colère de l'archevêque.

* En 1216, l'archevêque de Narbonne écrit une supplique au Pape Honorius pour rétablir ses droits sur le domaine de Quillan.

* En 1232, le château est construit sur l'emplacement de l'ancienne forteresse. Il est rattaché à l'archevêché de Narbonne. La période est confuse et Quillan passe alternativement sous pouvoir du roi ou de l'archevêque.

* En 1247, Saint Louis décide la "création" de plusieurs villes (dont de Carcassonne, Limoux). Quillan est alors élevée au rang de cité. Le nouveau nom serait Quillanus.

* En 1255, il semble que les habitants reconnaissent l'autorité de l'archevêque de Narbonne sur la ville.

* En 1280, le roi Philippe III le Hardi abandonne définitivement toutes les terres et les droits à l'archevêque de Narbonne.

* En 1281, la garnison de Quillan est dirigée par un certain Bompart, il a été nommé par l'archevêque.

* En 1332, le château est donné au Roi de France (contre une somme de 5000 livres tournois ?). Début du remaniement des bâtiments.

* En 1341, fin de rénovation du château.

* En 1345, la famine décime la région.

* En 1347, la première peste noire affaiblit la densité de cette ville naissance.

* En 1350, la deuxième peste noire ne laisse qu'un tiers de la population.

* En 1351, un texte mentionne qu'à Quillan l'archevêque "possède en propre un très beau château avec deux vergers contigus".

* En 1394, durant la guerre de cent ans, le Roi somme l'archevêque de fortifier le château.

* Vers 1480, les troupes aragonaises ravagent les régions du Fenouillèdes et de la Haute Vallée de l'Aude. Les Espagnols occupent Quillan.

* En 1495, les troupes du Roi de France chasse les intrus de la ville et du château.

* En 1573, les Calvinistes prennent la ville.

* En 1575, le château de Quillan est incendié par les Huguenots.

* En 1576, rendue au vicomte de Joyeuse, la ville est fortifiée et des fossés sont creusés. Après les guerres de religions, il semble que le château soit très délabré.

* En 1628, le Sénéchal de Carcassonne demande à l'archevêque une remise en état du château et du moulin suite à une inspection.

* En 1659, le traité des Pyrénées scelle une paix entre l'Espagne et la France et permet l'annexion du Roussillon. La ville n'est plus proche de la frontière Espagnole, les fortifications deviennent inutiles.

* En 1735, le château est démantelé, sur la proposition de l'archevêque.

* En 1790, durant la révolution, Quillan devient chef lieu de district.

* En 1793, les murs Ouest et Nord sont abattus pour récupérer les matériaux en vue d'une plate-forme qui servira pour une batterie de canon.

* En 1791, le château est vendu aux enchères. L'achat est réalisé par Thomas Marre plâtrier à Quillan..

* En 1950, il est acheté par la ville. La construction d'un château d'eau dans le fort est judicieuse (puisque c'est l'endroit le plus haut de la ville), mais catastrophique pour cet "ancêtre" qui est amputé d'une partie de sa cour intérieure.

* En 1954, les ruines sont inscrites aux Monuments Historiques.

* En 1994, des fouilles sont organisées et c'est le début d'une restauration (ou consolidation).

* Au 21ème siècle la visite est libre et gratuite. Le risque de recevoir une pierre est faible.

 

Peut être qu'une princesse faisait un signe à son amant depuis cette échauguette.

   
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Published by Le Chevalier Dauphinois - dans Châteaux en Languedoc : 11 30 34
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commentaires

Anne la Dauphinoise 14/08/2015 20:42

Q uel honneur eut ce castel fort de voir
U n Dauphinois Chevalier très notoire
I mmortaliser ses vestiges, aussi
L onguement son histoire… à lui : merci !
L e style de narration paraît changé,
A mes yeux, du moins, plus « rigidifié » -
N ‘est-ce point critique ! mais ne m’a trop charmée !

A ce bâti, en fait, convient fort bien…
U ne description « carrée » montre destin
D e ces vestiges : n’eurent, semble t-il* que guerre
E n « ligne de mire », d’où aspect très austère.

L ‘architecture, déjà, ne souffre pas «
A ccessoires » inutiles : point ne sont là
N antis les murs de quelques fioritures,
G arnies les ouvertures de ciselures.
U ne manière d’afficher force et puissance
E n offrant, dès l’entrée, toute l’arrogance
D es châteaux pourvus de donjons** altiers.
O ù que notre regard se pose, milliers -
C ertes, j’exagère un tant – d’atours guerriers

P rovoquèrent, m’est avis, grand’crainte antan.
O ctogonales échauguettes « La »*** donnant :
S ont-elles énormes, d’allure si imposante,
T ant solides… Durent-elles semer l’épouvante,

S ans aucun doute, parmi les ennemis…
C royez-vous vraiment que princesse jolie «
R oucoula » d’icelles, son amant au pied ?****
I l me semble que bien fort avez rêvé !
P as de place pour sentiments délicats
T rouvée dans ce castel : non, ne fut pas
U n lieu dédié à la romance, je pense,
M ais uniquement un site de défense !

N ‘avons qu’à lire votre bel historique :
O r, n’y voit-on que choses « maléfiques » :
T races de conflits, de saccages, abandon, «
A mputation » pour modernes raisons…

B elle encore plus est cette ruine, alors,
E mpreinte de tout ce qui fit ses temps forts.
N ‘est-elle l’image que de son vrai passé.
E n cela, pour sûr, l’ai-je moult appréciée.

* mais l’historique dit autre chose : résidence (non fortifiée ?) d’évêques, à un moment de sa vie…
** si ce fut bien un donjon… Même sans cela, l’entrée dut en imposer.
*** « La » = la note de musique…
**** lu « en surimpression » sur la dernière image de l’article… !

Le Chevalier Dauphinois 16/08/2015 10:52

* Incroyable lectrice vous êtes Princesse de MON Dauphiné, vous avez remarqué le style rédactionnel.
* La raison est logique.
* J'ai écrit cet article il y a plus de 9 ans, au début de mon blog.
* A l'époque, je "me cherchais un style". Je ne savais pas comment intéresser, montrer et faire vivre une ruine.
* Les visiteurs seraient ils des "spécialistes" ou des touristes curieux ou des amateurs passionnés ?
* Je voulais montrer "autrement", être différents des rares sites web de l'époque montrant des châteaux forts.
* Et puis à l'époque, le nombre d'images était limité dans un blog, j'insistais donc plus sur les mots, les phrases que sur les photos.
** Les blogs ayant évolué j'ai souhaité, pour les vieux articles, insérer plus d'images puis aérer la page avec des titres et sous-titres (comme je le fais maintenant).
** Donc, je reprends quelques vieux articles à qui je redonne une nouvelle vie (d'autres apparaîtront).
** Mais, n'ayant pas envie de reprendre entièrement la prose initiale, je n'ai fait qu'ajouter des images puis mettre en forme et enfin, montrer quelques détails (souvent pour mettre un lien sur une nouvelle photo).
** Et puis, j'ai ajouté quelques petits traits d'humour ou de rêve (car l'original était trop sérieux)..... comme la damoiselle à l’échauguette ou l'archer à plat-ventre, etc....
*** Ce château pourrait être UNIQUE si les archéologues démontrent que ce n’était point une tour-porte mais un donjon-porte.
*** Rien que pour cela, Quillan se devait d'être remis à l'honneur.

Max 28/02/2014 16:25

Bonjour,
Un détail, l'Aude est un fleuve, pas une rivière.
Max

Le Chevalier Dauphinois 28/02/2014 19:01



Diantre !... Désolé je suis d'avoir écrit une telle bêtise.


 De suite je corrige et je vous remercie pour votre passage sur mon modeste blog et pour votre lecture.



David 13 30/11/2013 18:39

Le Bonjour Messire,
Je suis tombé par hasard sur votre site en cherchant des photos de châteaux-forts pour mes petits enfants, et j’ai été conquis par vos explications et images. J’ai vraiment eu la sensation, que je
me promenais dans ces ruines.
Un grand merci pour cette passionnante immersion dans notre patrimoine.
Je vais regarder les autres documentaires (pour moi cette fois).
Cordialement.
Dave.

Le Chevalier Dauphinois 30/11/2013 19:48



   Heureux je suis que mes modestes proses vous permettent de voyager dans de pousséreuses ruines et dans le passé. J'ai tant de plaisir à découvrir les châteaux forts et à en
comprendre l'architecture que j'ai souhaité faire vivre mes découvertes sous forme d'aventure et les partager sous forme d'interrogation (car parfois, je n'ai point la répinse).


  Promenez vous à loisir messire David, même la nuit, mes ruines sont "éclairées". 



boekholt 29/08/2013 15:09

je travaille sur les "quilles" provençales qui sont des collines fortifiées. Il semble que la racine soit "car= rocher, pierre" adouci dans un mot celte "queille", devenu en provençal "la Quille"
J'ai 4 exemples avec des évolutions très bizarres dûs à l'absence de toponyme sous la plume des clercs écrivant avec leurs mots latins, se fiant seulement à la prononciation des gens du cru
qu'en pensez-vous?

Le Chevalier Dauphinois 30/08/2013 12:15



  Je ne suis pas un expert en toponymie ni en évolution des mots de notre belle langue. Il est vrai que le bouche à oreille transforme les mots (exemple dans ce conte). L'écriture, les accents régionaux, les invasions, les traductions rapides du latin ont
fait varier la forme initiale.


  Je me suis permis dans ce blog de faire un article
d'initiation. Ceci n'est qu'une ébauche montrant l'influence latine et des patois.


  Car = rocher se retrouve souvent dans le Languedoc (voir exemple) ainsi
que le début de réflexion d'un de mes visiteurs dans
les commentaires.



Martine 30/01/2011 12:07


Bonjour Messire Chevalier,

Comment vas-tu? :)

Je suis ravie de découvrir ton article sur le Castel de Quillan. Une petite ville que je connais assez bien. Par contre, j'avoue n'être jamais monté jusqu'au château. Aussi, tes explications et
photos sont les bienvenues. L'Aude est d'une richesse sur ce plan là.
Merci pour la balade. C'est toujours un plaisir de te lire.

Belle journée à toi :)
Martine


Le Chevalier Dauphinois 30/01/2011 21:06



L'Aude est riche d'un passé très lourd et de ruines magnifiques, aussi bien perchées sur des pogs que proche des plaines.