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Ombre et lumière

30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 06:30

 

Département :  36 - INDRE

 Avez vous une scie pour mieux voir le château ?

Le bourg

    Situation :   (--> le voir sur une carte)

        La commune de Lignac est située à 60km au Sud-Est de Châtellerault, à 35km au Nord-Ouest de La Souterraine (voir son château) et à 25km au Sud-Ouest d'Argenton sur Creuse.

   Coordonnée du château :

46° 28' 45.494" N 1° 11' 30.466" E
 46.479304°  1.191796°

 

Le château :  

     L'extérieur :

Préambule

  Sur les différentes documentations, le nom du château s'écrit :

1 - Châteauguillaume,

2 - Château-Guillaume,

3 - Château Guillaume.

  Dans cet article, j'opte pour la version 1 qui me semble la plus logique.

 

La découverte

    En ce dernier jour d'hiver, après avoir visité une ruine bien ruinée comme le Chevalier adore, mon brave destrier trottine lentement en direction du Dauphiné car c'est la fin d'une semaine merveilleuse en Berry.

  Soudain, à travers les arbres, mon quadrupède voit une forme familière. Il stoppe brutalement et me dit :

"Tu lèves tes fesses de ma selle, et tu vas voir cette curiosité !"

Une tour ronde de la fin du Moyen Âge  Diantre !... Je ne suis même plus chef de ma monture.

 

Je suis étonné

    Le lieu est perdu en pleine campagne aux confins du Berry, du Poitou et du Limousin. Au bord du timide affluent de l'Anglin nommé La Vavre, le château semble jaillir des arbres et de la végétation comme dans un conte de fée.

 

Arbres et pierres

     A travers les arbres, heureusement dégarnis de feuille, je vois deux tours rondes avec :

* De petites fenêtres début renaissance (ou fin du Moyen Âge),

* Un crénelage,

* Des merlons parfois borgnes et parfois percés d'une fente droite (trop parfaite donc refaite),

* Puis, sur l'une des tours, des mâchicoulis (voir vocabulaire).

 

Remarques

   Bien que les tours soient parfaitement restaurées et solides, je remarque que les pierres semblent pauvrement taillées et parfois mal ajustées. Je pressens au moins 2 époques de construction :

* A la base, une ossature du 11ème siècle (je ne suis pas devin ni expert, je sais lire ma brochure  ),

* En hauteur, une reconstruction du 19ème siècle.

  Un plan classique pour un château fort du 11ème siècle

Le plan

    Avant de déguster chaque pierre et chaque tour, je m'imprègne du plan :

1 - Tour Saint Michel,

2 - Tour carrée à l'Ouest (tour Guillaume ?),

3 - Tour Sud-Ouest,

4 - Tour La Tremouille,

5 - Tour Laffaire (ou De Lafaire),

6 - Donjon,

7 - Logis.

Entre le 1 et le 5, la courtine Nord se nomme : Rempart Guillaume.

Nota :

  Les noms des tours 4 et 5 ont été donnés récemment (fin 19ème ?) en souvenir des anciens propriétaires.

 

Le donjon Roman

     Logiquement, sans me poser de question, j'affirme que la plus haute tour est le donjon (parfois, je m'étonne d'être aussi logique !).

    Avec sa forme parallélépipédique et sa position à l'intérieur des remparts, il semble évident qu'il a été construit avant le 13ème siècle. Après cette date, les architectes ont compris que mettre une puissante tour à l'intérieur est "stupide". Pour les châteaux construits ou modifiés après le 12ème siècle, ils ont positionné la Tour Maîtresse dans le rempart, sur le coté le plus vulnérable pour améliorer la défense globale. Un donjon primitif remanié au 15ème siècle

   Le donjon Roman de Châteauguillaume est magnifique de pureté, même s'il a été un peu modernisé par sa reconstruction/consolidation au 19ème siècle.

 

Les caractéristiques du donjon

    A l'origine le donjon était carré avec des contreforts plats, il mesurait 10,8m par 10,5m avec une hauteur de 20m. Les contreforts ont une largeur de 1 mètre pour une profondeur de 30 centimètres.

   Après ses transformations au 15ème siècle, il eut une forme rectangulaire de 15m par 10m.

Avez vous remarqué la différence des contreforts d'angle ?

 

Ce donjon me fascine

    Par ses dimensions, je peux affirmer que la tour fut un donjon habitable composé de 5 niveaux planchéiés. Avec ses murs de plus de 2 mètres d'épaisseur (composés de pierres blanches parfaitement taillées et jointives), il sécurisait ses propriétaires. Quelques archères droites de 1 mètre de hauteur facilitaient la défense.

  Comme souvent, la porte plein cintre est située à plusieurs mètres du sol qui était certainement reliée à une passerelle extractible.

 

Le sommet du donjon

    Il n'est pas facile de définir ce qui a été construit aux différentes époques et même reconstruit à la méthode "Viollet le Duc" au 19ème siècle, mais le couronnement du donjon est fascinant de pureté et d'efficacité.

* Un haut parapet englobant le donjon original et son extension,

* Le parapet comporte des archères droites et des ouvertures carrées (comme un crénelage),

* Le parapet est porté par des consoles finement dégradées,

* L'ensemble des consoles forme des mâchicoulis (voir vocabulaire).

Un bijou historique dans un écrin de verdure 

Tours et rempart

Diantre !

Que de formes, d'apparences et de diversité !

 L'architecture ne semble pas homogène et pourtant ce n'est point une capharnaüm visuel.

Etrange château n'est il pas ?

 

La tour Guillaume (repère 2)

  Cette petite tour carrée légèrement avancée est surprenante dans cette débauche de hautes constructions. Certains castellologues supposent que la tour Guillaume aurait été construite au 13ème siècle.

   Mais, bien que je ne sois point un universitaire reconnu, je doute que cela soit vrai. En voici les raisons :

1 - Au 13ème, la forme carrée avait été abandonnée par les architectes car elle crée des angles morts.

2 - Sur une longueur si importante du rempart, il semble logique qu'au 12ème une tour flanque ait été construite d'origine. Il faut se rappeler que les défenseurs n'avaient pas la possibilité de viser très loin avec précision, donc cette tour était obligatoire.

3 - La jointure entre le rempart et la tour est parfaite, avec des pierres de la même origine.

La tour Saint Michel est un joyau intemporel  Mais il est vrai que l'architecture de cette tour est curieuse si elle date du 12ème siècle. Des mâchicoulis en arc aussi larges et profonds, des bretèches aussi nombreuses et en angle sont peu classiques pour ce siècle.

Quel est votre avis sur la date de construction ?

 

La tour Saint Michel (repère 1)

Que voila une tour unique !

  D'après ma documentation, ses murs ont 3 mètres d'épaisseur à la base. La base est elle même évasée.

  Le plus surprenant est de voir des archères droites du 12ème siècle uniquement d'un seul coté. Mais peut être que d'autres archères ont été remplacées par des ouvertures de confort.

  La différence de couleur et de nature de pierre entre bas et haut s'explique par la reconstruction au 19ème siècle.

  Comme moi, vous avez été surpris par la partie supérieure de cette tour avec :

* Ses 4 pinacles,

* Ses hautes ouvertures (qui ne sont point un crénelage),

* Et ses consoles triples ne servant "à rien".

   Je subodore que ces réalisations sont les délires des architectes du 19ème siècle imaginant les châteaux forts plutôt que de les restituer tel quel. Mais j'avoue apprécier cette tentative.

Qu'en pensez vous ?

Pensez vous que ces remparts ont repoussé de nombreux assaillants ? 

Le rempart

    A lui seul, ce rempart pourrait donner lieu à un article unique tant il est fascinant, multiple et énigmatique.

Mais je vais faire court !

  Sur la totalité du rempart, il est difficile de savoir ce qui est d'origine et ce qui est de la reconstruction non fidèle (car les castellologues du 19ème siècle avaient une idée "fausse" des châteaux forts). Mais celui-ci (coté Ouest) me semble presque intact (excepté les grandes ouvertures de confort). Je me plais à admirer :

* Les mâchicoulis en arc posés sur des contreforts,

* Les contreforts droits plantés dans le sol,

* Les larges merlons percés d'une archère droite.

  Le mélange des fenêtres à colonne avec de fines archères, et une tour-escalier flanque à coté d'une tour de défense est fascinant.

 

     L'intérieur :

         Hélas pour vous et pour moi, le château est fermé au mois de mars. Je ne pourrai pas visiter le parc ni les entrailles de cette construction dont les premières pierres ont été posées il y a mille ans.

 

 

Histoire du château :

* Au 11ème siècle, Guillaume (mais lequel  ?... Certains historiens pensent à Guillaume IX ?) Comte (voir titre de noblesse) de Poitou et Duc d'Aquitaine (voir liste) fait construire un château. Cette forteresse, à la frontière avec le Royaume des Capétiens (voir liste), est stratégique.

* Vers 1122, au château, naissance présumé (car les légendes sont nombreuses sur cette Duchesse) d'Aliénor d’Aquitaine.

* Au 13ème siècle, Châteauguillaume est le fief de la famille de La Trémoille ou Trémouille (Je vous ai déjà cité cette famille ici). Le vieux donjon du 11ème siècle est agrandi. Les tours ayant des salles planchéiées ont été garnies de voûtes.

* Au 14ème siècle, les possessions Royales s'agrandissent dans le Berry et l'ancien territoire des Plantagenets. Lentement Châteauguillaume perd de son importance.

* Au 15ème siècle, le château n'a plus une position stratégique.

* A la fin du 15ème siècle, de nombreux systèmes défensifs sont en ruine. Certain bâtiments sont abattus ou désarmés dont la tour Saint Michel.

* Au début du 16ème siècle, Jacqueline de La Trémouille (dernière héritière de la famille ?) épouse Claude Gouffier, Duc de Roannez. Le château change donc de famille.

* En 1526, dans cette vieille forteresse médiévale, le sir Gouffrier fait couvrir d'un toit le donjon et la tour de La Trémouille pour éviter une détérioration par les intempéries. La famille habite les appartements récents.

* En 1612, Pierre Riffault est seigneur de Châteauguillaume.

* Durant le 17ème siècle, excepté le donjon qui est rapidement consolidé, les vieux bâtiments et éléments fortifiés sont délaissés. Leurs pierres servent à la réalisation d'une habitation confortable avec un escalier à 2 volées. Le pont-levis est remplacé par un pont dormant.

* En 1676, le château appartient à la famille De Lafaire.

* En 1819, le hameau de Châteauguillaume est réuni administrativement à la commune de Lignac.

* Au milieu du 19ème siècle, la Comtesse Robert de Beauchamp achète le château.

* En 1862, le château est inscrit aux Monuments Historiques.

* A la fin du 19ème siècle, le château est remanié par Charles Casaux, disciple de Viollet le Duc (voir livre), donnant à cette construction une forme intemporelle.

* Au début du 21ème siècle, la découverte de l'extérieur est libre et gratuite depuis la route. La visite payante de l'intérieur est possible. Veuillez vous renseigner sur les dates et horaires d'ouverture.

 

10 siècles de construction se présentent à moi !

 

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Published by Le Chevalier Dauphinois - dans Châteaux en Berry : 18 36
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commentaires

André Delaneau 27/08/2014 21:31

Chateau Guillaume est une perle de l histoire médiévale et nous devons sa superbe conservation à Violet le Duc qui a sauvé tant et tant le patrimoine français comme la belle église de Neuvy Saint
Sépulcre. Ce sauveur du patrimoine est un héros de cette sauvegarde.

Le Chevalier Dauphinois 28/08/2014 22:07



* Adorant les ruines médiévales fortifiées, ayant fait ce blog pour montrer la beauté de ces lieux et surtout pour faire comprendre la richesse de notre patrimoine du Moyen Âge, je suis en accord
avec vous sur la chance de voir ce château.


* Mais il faut admettre que Viollet le Duc et ses disciples ont soucent plus imaginé que d'essayer de restituer tel que construit.


* Les exemples de ses "imaginations" sont nombreuses en France (Carcassonne, Notre Dame, etc...).


* Mais il est vrai que sans lui, une partie du patrimoine "représentatif" aurait disparu.



Anne la Dauphinoise 02/06/2014 21:00

Si vous me permettez de revenir pour les contreforts : je les ai vus ronds, sur la photo illustrant votre prose sur "le rempart" : ils le sont bien, ronds ?
Il me semble que c'est la 1ère fois que j'en vois de cette forme dans vos castels (ou églises même)
C'était peu courant à l'époque, non ? (ou ont-ils été reconstruits ici, peut-être ?)
Avez-vous une explication pour une telle forme ?

Le Chevalier Dauphinois 03/06/2014 19:57



   Dans les églises fortifiées en pierres (évidemment) le contrefort "rond" est utilisé. il est vrai que la hauteur d'un tel bâtiment est faible et cela devait ressembler à des
colonnes (peut être inserrées).


 J'ai un exemple de contrefort aux angles arrondies au donjon de Pouzauge.


  Il faudra un jour que je fasse un article sur les types de contrefort (et leur vocabulaire) utilisés sur les donjons. La forme ronde est absente mais leur position et leur
profondeur divergent.



Anne la Dauphinoise 30/05/2014 21:56

C harmante introduction, à souhait bucolique...
H élas, votre destrier rompit instants magiques :
A t-il bien rudes mots envers son cavalier !
T oujours est-il qu'ainsi vous permit d'admirer
E t nous conter histoire de ce lieu si spécial.
A i-je eu drôle sensation, car n'est du tout banal
U n tel castel à voir... "Mitigée" suis-je devant
G rande réfection "trop nette" et charme d'un site d'antan.
U n sentiment bizarre d'attirance et déni...
I l est vrai qu'architecte absolument ne suis !
L 'opinion que j'exprime est juste une impression,
L a première, et rendue par fortifications :
A ustérité, pour sûr, empreinte de majesté.
U nité par multiples et belles sécurités
M algré reconstruction trop "lissée" à mes yeux,
E nlevant peut-être là réel aspect de "vieux"...

L 'on est pourtant ici subjugué par défenses
I nnumérables et telles que seule très grand'défiance
G agnait les ennemis, je pense, rien qu'à leur vue :
N ul espace du castel n'en semble dépourvu !
A rchères et crénelages, partout mâchicoulis,
C ontreforts très puissants, dont certains que je vis

B ien ronds sur le rempart : n'est-ce point curiosité ?
E xemples avez donnés, souvent, mais de carrés...
R ares ne sont point bretèches et consoles sur lesquelles
R ien ne parut peser sur la tour saint Michel.
Y fallait-il un oeil avisé comme le vôtre

I ci pour le noter, et non point comme le nôtre !
N e suis-je, par contre, ravie des pinacles érigés :
D e ces artifices-là me serais fort passée.
R emémorent-ils en moi style qui ne me sied pas...
E st des goûts comme couleurs : On aime ou on n'aime pas !

N 'a ce détail changé mon prime sentiment :
O n est face à castel qui dut être puissant.
T out autant furent les hôtes, dans historique lu.
A i-je rêvé qu'Aliénor, notamment, y vécut...

P assage d'entrée m'aurait encore plu voir ici.
S ut-il résister à mille ans ou presque de vie ?

Le Chevalier Dauphinois 02/06/2014 18:40



   Comme vous le notifiez, ce château est surprenant, anvoûtant et "désespérant".  Les reconstitutions du 19ème siècle le modernisent un peu, ses variétés de forme indique des
évolutions architecturales, puis son haut donjon le rend presque intemporel.


  Evidemment j'aurais apprécié pouvoir visiter ses entrailles, mais je fait de ne l'admirer qu'à l'extérieur m'a permis de le ressentif comme unique.