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Ombre et lumière

1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 03:00

 

Département 09 - ARIEGE

Voyez vous une église fortifiée ?

 

Le bourg :
       Situation :   (--> le voir sur une carte)
   Le petit bourg de Les Pujols est situé à 70km au Sud-Est de Toulouse, à 50km Ouest-Sud-Ouest de Carcassonne, à 15km à l'Ouest de Mirepoix et à 10km au Sud-Est de Pamiers.

     Coordonnées du bourg :

43° 5′ 21.12″ N 1° 43′ 9.84″ E
 43.0892°  1.7194°

 

L'église : 
        L'extérieur :
La découverte

   Il est souvent difficile de trouver des ruines médiévales car il est rare qu'elles soient mises en valeur et/ou identifiées par des panneaux. L'avantage d'une église est qu'elle trône souvent au centre du bourg, avec parfois un panneau routier indiquant la direction. C'est donc sans difficulté que je découvre ce bâtiment religieux.

   Mais rapidement, je "déchante". Je ne reconnais pas dans cette architecture les bases d'un système défensif.

Pensez vous que cette construction soit encore fortifiée ?

Les hommes du 21ème siècle ont repeint la vielle église 

L'analyse 

    Lentement je m'avance en cherchant à comprendre ce bâtiment :

1 - L'architecture semble datée de l'époque Romane.

2 - Le chevet plat et l'absence de transept m'informent que le bâtiment n'a pas été fortement modifié après sa construction.

3 - Les fenêtres sont positionnées hautes, ce qui est une bonne solution de défense, mais elles sont trop larges et facilitent l'intrusion.

4 - La sacristie coté chevet doit être un aménagement tardif.

5 - Les contrefort plats sont nombreux.

6 - Je suis surpris par la position "vulnérable" (trop basse) des fenêtres entre chaque contrefort. Cette modification a du être effectuée plusieurs siècles après sa construction.

7 -Les ouvertures carrées ressemblent à des trous de boulin (voir vocabulaire). Mais leur nombre et leur rapprochement ne me semble pas logique. Doute sur leur fonction j'ai.

8 - Au dessus de certains trous, il me semble voir une archère droite primitive. Mais j'ai tant d'imagination que je préfère ne point m'étendre sur ce sujet.

    Ne comprenant pas quel détail a pu être la raison de la qualification "Fortifié", je décide de prendre un peu de recul pour mieux observer l'église.

Et c'est ainsi que je vois....

 

Un clocher fortifié ou un trompe l'oeil ?

Le clocher

   De loin, la construction portant 4 cloches est un compromis entre un clocher-peigne et un clocher-mur. Au sommet, il me semble voir un crénelage, mais cela ressemble plus à un leurre qu'à un véritable système défensif.

    En le contournant, j'ai la sensation que ce mur appartenait à une autre construction fortifiée (une maison forte ou un château accolé ?).

   De face, s'il n'y avait pas les cloches, je pourrais affirmer que j'observe une courtine de château fort. Mais en m'approchant, je constate que les mâchicoulis sont faux. Ce type de "trompe-l'oeil" me fait penser à l'église de Surville dans le Manche.

 

Le secret du système défensif

   A travers l'écran, je sens votre regard interrogateur et même une moue dubitative. Vous pensez : "Le Chevalier Dauphinois se moque de nous, à moins qu'il devienne fou. Point défensive est cette église !"

  J'ai tant de respect pour mes merveilleuses lectrices et mes fabuleux lecteurs que je n'oserai point détourner la vérité ni affabuler. Cette construction aurait eu un simple chemin de ronde en bois similaire à un hourdage (voir vocabulaire). Ce dessin devrait vous le faire comprendre.

 

Le portail

   Curieusement, le portail n'est pas à une extrémité de l'église  (coté clocher par exemple) mais sur le côté sud. Il comporte trois archivoltes en arc brisé. Cette architecture est surprenante en comparaison du reste de l'église.

Est ce un ajout ultérieur ?

    Encadrant l'ensemble il y a des blasons et une inscription. Les archéologues ont réussi à lire : "Renaud IV de Pons, gendre du duc de Lévis (1296-1335)".

 Quel contraste avec l'extérieur !

        L'intérieur :

J'entre

    En entrant, je retrouve mes classiques repères d'une église Romane ayant évoluée lentement avec les siècles.  N'étant pas un grand spécialiste du mobilier religieux, je vous laisse admirer l'autel et l'abside.

 

C'est la fin

   Dans un silence de "cathédrale", je cherche quelques indices pour un castellologue-amateur. Ne voyant aucun système défensif (ce qui est logique puisque ce fut un hourdage qui réalisait cette fonction), sur la pointe de mes chausses je reprends le chemin de la lumière (point divine puisqu'elle est ici) extérieure.

   Coté opposé à l'abside, un détail m'interpelle. Point un vrai détail cela est, mais un escalier. Evidemment, il monte (puisque c'est sa fonction ) vers.... le haut.

   Évidemment, vous êtes si perspicaces que vous avez deviné qu'en l'empruntant, il me mènera vers le clocher.

 

 

Histoire de l'église :

* Au 13ème siècle, construction de l'église.

* En 1330, l'église fortifiée de hourds est achevée.

* En 1551, l'église échoue d'un nouveau patron : Saint Blaise.

* En 1850, des contreforts sont démolis pour construire une sacristie extérieure.

* En 1870, la crypte est murée.

* En 1889, les murs sont repeints cachant "définitivement" les oeuvres médiévales.

* Au milieu du 19ème siècle, des fenêtres sont aménagées entre chaque contrefort.

* Au 20ème siècle, après quelques recherches et études d'historiens, une association de sauvegarde est créée.

* Au 21ème siècle, la découverte de l'extérieur de l'église (dédiée à Saint Blaise) est libre et gratuite. 

 

Êtes vous convaincus que cette église fut fortifiée ?

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commentaires

Esclarmonde 03/01/2014 14:52

Rare qu'on puisse accéder au clocher d'une église, un endroit que je vais essayer de garder dans un petit coin de mon cerveau lors de ma prochaine venue sur la terre ariègeoise que j'aime tant,
cette année j'espère... Très belle année de castellologue

Le Chevalier Dauphinois 03/01/2014 18:05



  J'ai pu accéder au clocher 3 fois durant toutes mes visites d'église, sur invitation bien sur. A chaque fois, j'ai eu un pincement au coeur.


  Comme je t'envie de retourner en Ariège, ce département n'est pas dans mes prévisions pour les prochaines années. C'est le Sud-ouest qui aura mes faveurs.... D'autres aventures
m'attendent.



Anne la Dauphinoise 01/01/2014 22:34

Merci pour vos explications, Chevalier. J'ai encore appris quelque chose.
Je n'avais jamais pensé au manque éventuel de bois qui conduisait à faire de petits hourds.
Et point ne savais que l'on mettait des peaux imbibées de poisse ininflammable sur les hourdages. J'avais lu cela (notamment dans mes grimoires sur les croisades) pour les chats, et il me semble
aussi pour les châteaux des nefs, mais jamais encore pour les hourds de castels ou d'églises.

Le Chevalier Dauphinois 02/01/2014 12:37



   La guerre c'est une succession d'inventions. Quand les attaquants utilisent un système (un bélier, des flèches enflammées) le défenseur se doit de trouver la parade
(pont levis, bretèche, tour flanque pour défendre le mur et  poisse etc...).


  Chaque amélioration défensive engendre une réflexion de solution pour l'attaquant. Par exemple :


* La cote de maille a permis de se protéger mieux qu'une peau de bête et en bloquant les flèches.


* Donc, les archers ont inventé un embout de flèche très fin que les Anglois de l'Aquitaine nommèrent : Le passadou (la flèche passe doucement entre les mailles).


* Donc les attaquants ont créé les armures,


* Puis.... etc....


---> Un hourdage est une évolution défensive (pas très couteuse) créant un encorbellement  et permettant une défense active quand l'ennemi est au pied du mur.


 



Anne la Dauphinoise 01/01/2014 17:59

L oin des sentiers battus vous chevauchez !
E n est de nouveau une preuve ce moutier.
S ilhouette, mais plus, très peu encontrée :

P ar ses croquis, je vois là apparaître
U ne défense qu'il ne me semble point connaître.
J amais, chemin de ronde n'avais-je vu
O pposer, seul, résistance aux intrus.
L e clocher ne fut-il vraiment qu'un leurre ?
S i-oui, le fut-il lors avec bonheur.

A i-je cru, j'avoue, à des mâchicoulis.
R aisonnèrent ainsi, antan, ennemis ?
I l se pourrait, par votre exemple donné...
E n ai-je appris, sur ruses de nos aînés !
G uère ne purent être utiles créneaux ici ?
E taient trop en retrait, non ? De loin, oui

C omment le deviner !... Ce clocher-mur
O bstacle dut faire à maintes aventures.
M uraille crénelée au regard s'offrait.
T out autour du lieu bel hourdage était.
E st sûr que j'aurais aimé l'admirer.

D e tels ouvrages m'ont toujours enchantée.
E t un si long dut avoir grand'prestance,

F ierté aussi d'assurer surveillance :
O ù que soit le danger, était-il vu...
I nsolite visite de ce moutier du
X IV ème siècle, qui m'était inconnu.

Le Chevalier Dauphinois 01/01/2014 20:26



  Le hourdage fut utilisé dans de nombreux petits châteaux.Lorsqu'une construction défensive ne logeait point un seigneur ou un riche représentant du clergé (et il y en avait
beaucoup), les mâchicoulis n'existaient point. D'ailleurs le crénelage était souvent absent (la très grande majorité des églises fortifiées que je montre ont une salle de repli sans
crénelage).


  Le hourdage était économique, pouvait se remplacer facilement, mais hélas pouvait brûler lorsque flèches enflammées étaient utilisées par les vils assaillants. Pour éviter cela, une poisse
ininflamable était imbibée et des peaux de bêtes recouvraient parfois la surface.


  Sur certains châteaux, il n'y avait pas assez de bois pour faire le tour des remparts, les hourds étaient donc consentrées proche de la porte. Ceci était suffisant contre une petite bande
armée.